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Ils font l’actualité du cinéma.
Au moment où un réalisateur est sous les feux de la rampe des sorties du mercredi, le-court.com vous propose de (re)découvrir sa démarche et son parcours artistique. L'occasion de démontrer que le court métrage est en prise avec l'actualité cinématographique et de rappeler qu'un film est un film, indépendamment de toute appréciation de durée ou de genre.
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Sortie le 31 octobre 2012
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| Otto ou des confitures (2000, 30’) |
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Pour son premier long métrage, Jihane Chouaib a choisi le registre du documentaire, alors que c’est dans celui de la fiction qu’elle s’était exprimée – avec bonheur – jusque-là. Le sujet de son film, qu’elle n’avait encore pas abordé, est des plus personnels, à savoir son pays d’origine, le Liban, qu’elle avait quitté avec sa famille en 1976 lors du déclenchement de la guerre civile. Vivant ensuite au Mexique, elle était arrivée en France à l’adolescence et c’est là qu’elle avait étudié et s’était mise à réaliser. Pays rêvé n’a pas de liens thématiques ou formels directs avec les courts métrages de la jeune cinéaste, sinon une exigence dans l’écriture et une précision dans le montage constantes. La singularité de son regard, qui était éclatante dès Otto ou des confitures, Jihane Chouaib l’applique cette fois à elle-même, à ses origines, à son identité – lorsque, de retour au Liban, elle se sent en fait étrangère –, mais elle réussit le tour de force de désamorcer toute tentation nombriliste en partageant son point de vue, qu’elle enrichit ainsi, avec notamment ceux de sa sœur Nada ou du cinéaste Patric Chiha, dont le rapport au pays est également étroit (voir le Beyrouth flamboyant ressuscité par le récit de l’homme d’affaires de Home, 2006).
La construction du film, qui reconstitue peu à peu le “pays rêvé” de ces différents enfants de l’exil, dessine un territoire intérieur commun et l’on se plaît à tisser des liens entre les différents opus d’une œuvre déjà marquante… Le monde clos d’Otto… a quelque chose à voir avec l’enfance, un état idyllique d’équilibre qui explose avec l’intrusion d’un élément extérieur – métaphore possible de la funeste destinée libanaise après 1975. Dans le documentaire, la sœur de la réalisatrice exhume un souvenir qu’elle dit avoir peut-être inventé : les deux fillettes se cachant sous leur lit à l’alerte annonçant un bombardement ; Sous mon lit y situait justement, de façon symbolique, les peurs d’une adolescente au moment de devenir une femme… Et puis, cette sœur renouant avec ses racines en devenant danseuse orientale confie s’exprimer plus volontiers par le corps que par les mots : la chorégraphie amoureuse de Dru, entre confrontation et abandon, n’était pas autre chose… Le prochain projet de Jihane Chouaib, qui la verra revenir à la fiction, donnera sans doute d’autres clés, si besoin est.
Christophe Chauville
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Sortie le 19 septembre 2012
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Nombreux seront sans doute les spectateurs qui, en même temps que le premier long métrage d’Élie Wajeman, découvriront le sens du mot “alyah”. Ce terme désigne l’acte d’émigration en Israël pour les descendants des Juifs de la diaspora et c’est ce que décide d’accomplir Alex, le personnage principal du film, afin de changer de vie, de se libérer enfin de ses petits trafics de drogue – son unique activité pour avoir de quoi vivoter – et de l’ombre aliénante d’un grand frère fantasque (Isaac, magistralement campé par le cinéaste Cédric Kahn). La décision de partir, pour Alex, ne sera pas si facile à concrétiser, d’autant qu’il rencontre alors une séduisante étudiante, Jeanne, qui tombe bientôt amoureuse de lui…
Tout en dépeignant précisément un milieu déterminé, le réalisateur parvient, par la grâce de ses choix d’écriture, à échapper aux clichés “communautaires” habituels (on est évidemment loin de La Vérité si je mens !). Alex, ainsi, n’est pas pratiquant, ne parle pas hébreu et évolue en marge de la loi. Le film se situe à la lisière du polar et l’énergie brute qui est insufflée à la mise en scène, jouant des plans rapprochés et de l’usage de la caméra portée, rappelle celle du court métrage Los Angeles. Là aussi, le héros rencontrait de façon impromptue une fille, la très délurée Laura, et déjà le salut et l’espoir d’un nouveau départ passaient par le détournement du magot d’un dealer – pour le coup le petit ami de la jeune fille, Antoine (incarné par Olivier Desautel, qui joue aussi l’inquiétant trafiquant d’Alyah !).
Mais le dénouement narratif s’avère différent du court au long : Arthur ne devait jamais quitter Paris, se voyant poignarder par Antoine dans le hall de son immeuble, comme ces figures du réalisme poétique des années 1930, qui n’accédaient pas aux ailleurs dont ils rêvaient. Alex, lui, réussit finalement son “alyah” et entame une nouvelle existence à Tel Aviv, loin de Jeanne, dont un dessin, crayonné lors de leur dernier rendez-vous, orne tout de même le mur de sa modeste chambre, en éventuelle promesse de retrouvailles future…
Christophe Chauville
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Sortie le 12 septembre 2012
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Le cinéma de Rafaël Lewandowski réserve une place toujours prépondérante aux questions de la mémoire et du poids du passé sur le présent. Ce cinéaste polonais né à Reims, de mère française, a effectué ses études de cinéma à La fémis, sortant diplômé de la section “réalisation” en 1996. Avec le beau Cela, documentaire “familial”, il filmait l’une de ses tantes portant ce même prénom (à prononcer “tsela”) et retraçait, depuis la jeunesse de celle-ci, l’histoire de la Pologne contemporaine, de l’invasion de la Wehrmacht à l’époque post-communiste. Il parvenait à toucher une certaine universalité en inscrivant dans la grande Histoire le volet plus intime d’une existence particulière : la jeune Cela avait connu et aimé pendant la guerre un soldat français, Henri, et la caméra assistait à leurs retrouvailles, un demi-siècle plus tard, alors que chacun avait évidemment fait sa vie…
Dans Une ombre dans les yeux, le réalisateur développait et approfondissait les enjeux de mémoire de la Seconde Guerre mondiale, autour de l’itinéraire du fameux chef décorateur Willy Holt, déporté pour faits de Résistance en 1944. L’évocation de l’Holocauste, particulièrement sensible en Pologne, émergeait plus qu’en filigrane et complétait pour le cinéaste les témoignages qu’il avait recueillis pour le compte des Archives de l’Histoire Audiovisuelle des Survivants de la Shoah (fondée par Steven Spielberg).
Il semblait naturel que le cinéaste se confronte, un jour ou l’autre, aux heures troubles de l’ère communiste et c’est dès son premier long métrage de fiction qu’il nous y plonge, une fois encore par le biais d’un lien familial (la fille de Willy Holt, Nathalie, était déjà très présente dans Une ombre…) : un trentenaire découvre que son père, ouvrier et syndicaliste, héros des événements du début des années 1980, était peut-être en réalité un indic de la police politique. Derrière le mythe presque sacré de Solidarnosc, une facette moins glorieuse se dévoile et c’est avec la méticulosité acquise grâce au documentaire que Lewandowski construit sa fiction, qui voyage entre France et Pologne, à l’instar de l’inspiration fertile d’un observateur du réel aussi pertinent que percutant.
Christophe Chauville
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Sortie le 29 août 2012
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En 2005, le réalisateur d’origine égyptienne Namir Abdel Messeeh nous avait enchantés avec Toi, Waguih, un film d’une savoureuse singularité rappelant qu’il n’était pas vraiment facile d’être marxiste sous Nasser ! Portrait d’une relation père-fils mettant en scène un paternel peu loquace sur son passé de souffrance et de silence (les geôles, la torture, etc.) autant que film-performance, entre autoportrait pince-sans-rire et pratique du cinéma conjuguée au présent, le court métrage du jeune cinéaste témoignait d’une magistrale maîtrise du temps, accrochant le réel avec une vraie légèreté et une pugnacité pleine d’estime pour son sujet.
Dans son premier long métrage, le réalisateur se met à nouveau en scène dans le rôle du réalisateur. Lorsqu’il obtient l’accord de son producteur pour tourner un documentaire sur les nombreuses apparitions de la Vierge et sur les Chrétiens d’Égypte (les Coptes), il se rend au Caire. Sur place, son enquête piétine et il choisit donc de rejoindre son village familial (majoritairement copte) pour finir La Vierge, les Coptes et moi. Résultat, ce premier long métrage concentre tous les ingrédients qui faisaient le charme de Toi, Waguih (ton matois, humour, mise en abyme du cinéma, jonglage entre la sphère intime et la sphère publique), mais ces derniers font plus d’ombre au film qu’ils ne l’éclairent ; résonnant comme des procédés stylistiques tournant à vide, ils brouillent quelque peu ce film qui, loin de vouloir voler de ses propres ailes, semble écrasé par l’envie de répéter une méthode déjà éprouvée. Et ce qui faisait tout le sel du court métrage d’hier se retrouve aujourd’hui comme dilué dans une photographie de groupe stéréotypée (les Coptes, la grand-mère, les voisins, les cousins et moi), certes pittoresque, amusante et touchante, mais dont l’ensemble ne convainc pas totalement.
Donald James
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