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“La vie est faite de morceaux qui ne se joignent pas” dit Mlle Brown dans Les deux anglaises et le continent de François Truffaut. D’une certaine façon, ces mots pourraient s’appliquer au dernier film de Patric Chiha, Domaine, mais aussi aux courts métrages qui l’ont précédé. Car face à ce constat que toute vie est forcément morcelée, mise à mal par la vie elle-même, Patric Chiha observe à distance, avec une persévérance clinique, ce qu’il y a de plus chaud et de plus enfoui chez l’être humain. Ce qu’on aurait pu prendre pour une mélancolie vague dans Casa Ugalde, où le cinéaste imaginait le parcours affectif d’un couple à travers un album de photos trouvé aux puces, contenait déjà en germes les explosions à venir d’Où se trouve le chef de la prison et de Home. Des moments où le corps et/ou la parole d’un personnage sont/est traversé(s) par un souffle qui leur/lui échappe, phénomènes directement inspirés par l’œuvre de l’écrivain autrichien Thomas Bernhardt. Une prise de parole irrépressible, faite aussi de silence, portée à l’incandescence par Béatrice Dalle dans Domaine.
François Bonenfant
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